Je suis Charlie et je t’emmerde…

Marrant, j’ai lu hier soir Dernière pute avant la fin du monde de Marsault, puis ce matin, je vois encore une polémique autour de ce dessinateur…
C’est vrai que le Marsaut il n’y va pas avec le dos de la cuillère, il provoque sévère, pas toujours finement, c’est un fait, mais c’est aussi son droit non ?
Non parce que sans déconner certains ont la mémoire aussi courte que leur bite !
Merde, quand je me souviens des JE SUIS CHARLIE, et que là, ouh le vilain !!! Il ose rire sur des sujets graves !
Ils se moquent des femmes, des gros, des bobos, des écolos, des vegans, de la gauche, des féministes et méchamment (mais si tu lis tout, il se fout aussi de la gueule de la droite, de l’extrême-droite, des misogynes, etc.)… Puis il fait des apologies bizarres, dis-donc, depuis quand on doit partager ou aimer les idéologies des artistes ? (Tu crois que j’aurais lu Céline sinon ?) Donc depuis hier sur les réseaux sociaux, c’est la levée de boucliers :
« Fermez sa page ! Faite-lui fermer sa gueule ! »
« Brûlez-le en place publique ! »
Mais merde, la liberté d’expression c’est quoi ?
Puis, attention, je ne suis pas son avocat hein : parfois il ne me fait pas rire, il me foutrait même presque en renaud, mais c’est bien le principe de l’humour de choquer non ?
Souvenez-vous de Hara Kiri, chopez-en un sur Ebay, et vous verrez… c’était pire avant, non pardon c’était mieux !
On était moins con : quand on n’était pas d’accord on se balançait des cendriers sur la gueule chez Polac, on le disait en face de la personne, on s’engueulait, mais on ne pratiquait pas cette délation, qui en plus est très con pour le détracteur, vu que ça fait de la pub à Marsault.
Souvenez-vous de Desproges : On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle ?
Vous pouvez rester. N’empêche que. On ne m’ôtera pas de l’idée que, pendant la dernière guerre mondiale, de nombreux juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi. Il est vrai que les Allemands, de leur côté, cachaient mal une certaine antipathie à l’égard des juifs.
Ce n’était pas une raison pour exacerber cette antipathie en arborant une étoile à sa veste pour bien montrer qu’on n’est pas n’importe qui, qu’on est le peuple élu, et pourquoi j’irais pointer au vélodrome d’hiver, et qu’est-ce que c’est que ce wagon sans banquette, et j’irai aux douches si je veux… Quelle suffisance !
Si Desproges et Coluche étaient encore de ce monde, ils se feraient lapider…
Sinon, pardon, j’en reviens à l’album, qui comporte beaucoup de portraits, dont un fabuleux de Choron justement, (Marsault, si tu ne sais pas quoi en faire, il ferait chouette dans mon bureau…). Il a des bons gags, d’autres qui me font moins rire, c’est ça Marsault, et c’est sa marque de fabrique, il tire sur tout le monde, un peu comme l’avait fait il y a des années Reiser avec Coluche dans Y en aura pour tout le monde.
Il y a aussi des nus, cet album est un mix entre la BD et le cahier de dessins, où tu trouves entre deux Huiiiiik, six bam et un prout, une pin-up, un portrait de poilu, de vieux ou du Professeur…
Marsault, c’est le trait de Gotlib avec l’humour de Choron, ça claque, ça pique parfois, ça peut révulser, ça fait rire d’autres fois, c’est parfois gras, ça choque, ça ne plait pas à tout le monde mais ça ne doit pas être censuré… la censure c’est le début de la dictature…
C’est ton droit de ne pas aimer, débats au lieu d’interdire, c’est comme ça que l’on reste libre.

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CONDÉ, un flic à la PJ de Pierre FOLACCI

Annecy tu connais ?
Moi, je ne connaissais que de blase, invité à un salon merveilleux nommé les Pontons Flingueurs, je découvre : c’est vraiment beau, la couleur du ciel, de la flotte, tout est magnifique…
Tout ou presque, il y a non loin de moi un type à l’air austère, comme dirait Coluche : « pas tibulaire, mais presque ». Le genre de gus qui culmine à un petit mètre soixante-dix, pas un gorille, mais il en impose. Tu n’as pas envie de le faire chier, d’ailleurs, tu n’as même pas la simple envie de causer avec.
Discrétos, un coup de périscope sur son bouquin : ah merde, un flic, encore un… tu m’étonnes qu’il ait une gueule si peu avenante…
Puis je l’entends rire, et d’un coup, mon premier avis, qui était issu d’un délit de faciès — pour une fois que l’on inverse les rôles — s’envole tel une colombe au-dessus du lac d’émeraude (j’donne des cours de poésie si tu as besoin pour lever des gonzesses).
Bref le mec est en fait très sympa, je l’écoute causer, il narre sa vie, son roman, il te parle de mec comme Payet, Francis le Belge, avec une forme de respect. Du coup, je commence à voir un drôle de personnage.
Un Condé à l’ancienne, qui « jouait » avec de vrais voyous, pas des anges non plus, les mecs poinçonnaient sans relâche des billets pour Saint-Pierre, mais il y avait un certain code d’honneur…
Des choses qui se faisait, d’autres pas…
Puis quand tu te faisais serrer, tu reconnaissais ta défaite, tu avais joué, tu avais perdu, point-barre…
Pierrot « El Flico-Corsico », il te raconte tout ça, il t’ouvre sa carrière, celle d’un grand poulet, il te balance ce qu’il a fait, non pas d’illégal, mais de toléré pour faire tomber un caïd.
Il balance aussi, ses collègues lâches, les pourris, les politiques qui usent de la police, sans la défendre quand elle a besoin de son ministre de tutelle. Il raconte tout cela, sans tergiverser, il se contrefout de ce que l’on pensera de lui. Il veut juste te montrer que des salauds, il y en a partout, personne n’est tout blanc ou tout noir, tout repose sur des nuances de gris…
Folacci est dans la vie comme dans son livre, un mec carré (d’esprit, pas d’épaules), droit, qui a une parole, et qui y tient plus que tu tiens au pucelage de ta frangine, c’est te dire.
Tu vas me dire, des témoignages de bourres et autres poultoks, y en a à la pelle, je te répondrais poliment que ce n’est pas faux, mais crois-moi, celui-là vaut le détour, car le Condé à un putain de carnet d’adresses et de sacrés souvenirs qu’il t’offre…
Un livre très intéressant, vraiment apprécié, un Condé n’est pas qu’un flic qui sait la différence entre le bien et le mal, c’est avant tout un type avec ce que l’on nomme l’humanisme et le respect, deux mots, deux valeurs en perdition dans notre société…
Tu comprends mieux pourquoi le type s’entend s’y bien avec René Frégni, ils sont complémentaires.
Si tu as envie de changer de genre un peu, de ne pas lire un roman, n’hésite pas à lire CONDÉ, un flic à la PJ, y a des chances que tu t’endormes moins con, c’est te dire…
Juste, évite de le déguster avec un millefeuille, tu pourrais avoir un haut-le-cœur…

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Anthologie polissonne, petites histoires indécentes de la littérature d’Alain PARAILLOUS

Je te conseille un livre intéressant, rigolo et qui cultive à lire, ne me regarde pas comme ça, tu en as besoin…
On connait, dans l’univers de la littérature érotique, voir pornographique des auteurs tels qu’Esparbec, Alina Reis, Régine Desforges, Virginie Begaudeau, Léopold von Sacher-Masoch, bref les auteurs dits classiques du genre…
Mais on oublie souvent que les auteurs de litté dite classique se sont parfois frottés, si je puis me permettre, eux aussi à des passages grivois, voir méchamment pervers…
Georges Sand, Chateaubriand, Alfred de Vigny, Lamartine et tant d’autres…
Alain Paraillous s’est donc amusé à les recenser dans ce livre, un petit inventaire à la pervers…
En plus dimanche, quand ta belle-doche te fera repasser le plat de gigot en te demandant ce que tu penses de la politique actuelle de macron, tu pourras toujours lui faire comprendre poliment que tu n’en as rien à branler en déclarant : « Saviez-vous que Jean-Jacques Rousseau consultait le docteur Tissot parce qu’il était addicte à la masturbation ? »
Ce bouquin n’est pas un annuaire de « passages de cul », loin de là, il explique, dans quelle œuvre, le pourquoi, le comment… le tout narré avec beaucoup d’humour.
On se cultive donc en souriant, et parfois en rougissant, enfin toi, parce que moi, pour me faire rougir…
A découvrir pour les curieux.

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SPINOZA ENCULE HEGEL de Jean-Bernard POUY

Ok, j’avoue…

J’ai du retard, mais sans avoir le polichinelle dans le tiroir, ce bouquin est le premier de Pouy et j’étais totalement passé à côté.

Une erreur réparée grâce à Sergueï Dounovetz, qui entre deux bières, lors de boulevard du polar à Bruxelles m’a balancé sans anesthésie :

— Putain t’a pas lu Spinoza encule Hegel de JB ? Ben t’es un con, tu n’as rien lu !

Bon que je sois un con n’est pas vraiment une découverte, mais que je n’aie rien lu, là, excuse-moi Sergueï, mais quand même…

Du coup j’ai acheté le bouquin, d’occase, faut pas déconner, Pouy est déjà millionnaire, on va pas en rajouter… et je l’ai lu.

Comment te dire ?

Tu prends un escabeau, assez haut hein, et tu plonges dans un univers post apocalyptique. Mais un peu bizarre quand même, genre George Miller et Byron Kennedy ont pris la cuite du siècle avant de faire le scénario de Mad Max.

Notre bonne vieille France est envahie par des gangs. Julius, chef d’une de ces tribus de la Néo-France, dirige les FAS (Fractions Armées Spinoza) et en profite pour te raconter sa vie, son vit, un peu aussi… tu ne peux que t’attacher à ce drôle de personnage, descendant direct de machiavel, érudit, gay, et fanatique de littérature…

À part avec les blases, tu ne croiseras pas de philosophes dans ce roman, des sodomites, un peu plus, quoi que…

Ne te méprends pas avec ce titre justement, s’il peut te paraitre grivois, voir vulgaire si tu es un peu serrée du cul, le livre n’est en rien grossier…

Violent et cynique, ça oui, des défis mortels entre les clans, car dans ce monde sans futur, quid de mieux que de crever au champ d’honneurs ?

Tiens, parce que c’est toi, je te balance un petit morcif de la prose de JB :

« Enfermé et sous bonne garde, je repris des forces, et redevins, en moi-même, disponible et dangereux. Je me permis de rigoler, mais seulement des yeux. Quand mon infirmière ou bien l’une de ses sœurs me pansait et inspectait ma blessure que j’avais en haut de la cuisse, elle regardait obligatoirement mon sexe, et le touchait évasivement, en me remettant les pansements. Un jour, je fus ému pendant leur visite. Inexplicablement. Leur présence n’était pas érotique. Contre mon gré. Mais ce fut irrépressible. Je me pris un seau d’eau glacé et plusieurs coups de fouet. Maintenant je ne rigole plus. Je travaille. »

Mais surtout, n’oublie pas de lire ce drôle de bouquin (dont il y a deux suites que je ne possède pas encore), au risque de te faire incendier par Dounovetz si tu venais à le croiser…

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Jean-Bernard POUY dans toute sa splendeur © Pierre Hanot

Je serai le dernier homme de David COULON

David Coulon m’avait épaté lors de son dernier livre en date, Le village des ténèbres

Rare sont les auteurs qui savent créer une atmosphère, qui plus est, une atmosphère oppressante, limite qui vous met mal à l’aise… Ok sauf quand certains t’invitent chez eux pour une partie fine et que tu n’es pas au courant…

Alors c’est te dire si je l’attendais au tournant le garçon !

Mais le bougre a réitéré !

Et plus pas en pleine montagne, ou dans un trou perdu que je ne connais ni des lèvres, ni des dents, non chez moi…

La force de Coulon, c’est de prendre un personnage lambda, lui faire vivre un fait, assez trash, vu qu’accidentellement il flingue une femme. Ce n’est pas chose courante, encore une chance, sauf qu’au lieu d’appeler les secours, au mieux, ou de planquer le cadavre, au pire, notre héros va prendre une drôle de décision…

Garder la défunte dans sa bagnole…

Une relation amicale, à sens unique, la gueuse n’est pas causante, va même s’instaurer entre eux…

Bien sûr c’est un fait que l’on pourrait qualifier d’abracadabrantesque, mais tu y crois. Puis plus on s’enfonce dans la vie de merde du personnage central, plus tu veux lui tendre la pogne, soit pour le secourir, soit pour lui foutre dans la gueule, parce qu’il mérite quand même…

David Coulon prouve, une fois de plus, qu’il sait mettre son lecteur mal à l’aise (sans pour autant montrer son visage), le rendre nerveux et donner un parfum de souffre aux pages de ses romans…

Bien joué mec…

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 David COULON, Bo-gosse de la littérature… © Eppy Fanny (chourrée sur Facebook)

Le club des prédateurs de Mangin & Dupré

1 THE BOGEYMAN
2 THE PARTY
Coluche se demandait comment une lessive pouvait laver plus blanc que blanc… perso, je me demande comment je vais pouvoir  te faire comprendre que cette BD thriller est plus noire que noire ?
Peut-être as-tu entendu parler de cette secte issue de la Franc-maçonnerie qui a sévit dans l’Angleterre victorienne ? Sous couverture de recherches ésotériques, une certaine élite s’adonnait à la pédophilie…
Mangin et Duprè vont encore plus loin dans l’horreur de cette secte, pas facile de te parler de l’album sans te le spoiler…
Mais si tu aimes les histoires fortes, que tu fréquentes le genre horrifique, que les atmosphères « Noir c’est noir, il n’y a plus d’espoir » ne te rebutent pas, fonce c’est de la bonne…
Il faut savoir que certaines choses décrites dans ces albums ont existés, et sont parfois de croyances ancestrales…
Londres 1865.
Certains vivent dans le luxes, d’autres savourent des fantasmes interdits et d’autres encore vivent dans une misère extrême… Un petit ramoneur qui veut venger son père assassiné par un dénommé Bogeyman, une gamine de la Haute qui veut aider les pauvres qui bossent dans l’usine de son vieux, voilà le point de départ…
Les dessins de Steven Dupré sont chiadés, travaillés dans le détail, et surtout de très bon cadrage qui donnent une ambiance encore plus sombre. Le scénario de Valérie Mangin, je ne reviens pas dessus, il est aux petits oignons, mais il ne faut pas oublier le travail de Roberto Burgazzoli, qui ne figure pas en couverture, sa colorisation est parfaite… selon les pages, des gris, des « verts-marécageux-avant-la-nui », des sépias qui amplifient encore et toujours cette atmosphère lourde… à découvrir !

 

Un Havre de paix

Il y a six ans, je créais le personnage de l’Embaumeur…

À mon tour de m’y mettre :

Quand l‘Embaumeur va pour récupérer un corps dans le centre pénitentiaire du Havre, et que le suicidé lui paraît suspect, il ne peut s’empêcher de mettre son nez partout, de remuer la fange à ses risques et périls. Surtout si le taulard décédé est un flic infiltré, un policier incarcéré pour faire tomber un monstre… Qui a tué William Petit, comment, alors qu’il était seul dans sa cellule, et pourquoi ? Entre une affaire de corruption dans la prison et un caïd qui tente de se faire passer pour une oie blanche, c’est une nouvelle aventure plus que mouvementée pour l’Embaumeur qui a mis le doigt dans un drôle d’engrenage.Couverture-HAVRE

8,50 € dans toutes les librairies, enfin j’crois…