MA SALE PEAU BLANCHE de Frédéric Dard

 

Je pensais avoir tout lu de Frédéric Dard, que ce soit ses romans noirs ou les San-Antonio, et bien non, celui-ci était passé à l’as…
Gilles est en voyage au Texas, là-bas, loin de sa France natale, il va croiser la route de Cynthia et tomber fou amoureux de cette femme qui ressemble à une divinité barbare, infiniment belle et surprenante. Jusque-là, rien de bien exceptionnel, je te le concède, sauf que j’ai omis deux détails : le premier, ce roman a été publié la première fois en 1958, donc dans une autre époque où les mœurs et les idées n’étaient pas les mêmes, encore bien que… la seconde Cynthia est noire.
Et à l’époque, l’amour bicolore c’était très mal vu.
Gilles va tenter de passer outre, de l’aimer, et même de l’épouser. Mais juste au dernier moment, celui où il devait lui passer la bague au doigt, Gilles est perdu, déconne. Faut dire que le garçon n’est pas des plus nets non plus.
Les histoires d’amour finissent souvent mal avec Frédéric Dard. Gilles pète les plombs, comme l’on dit maintenant, la love story est foutue…
Entre autres choses, à travers ce court roman, Frédéric Dard te cause du racisme, toujours d’actualité. Du racisme, mais aussi de la peur de celui qui va franchir le pas d’aimer une femme de couleur.
« Il n’y a que les échiquiers qui sont noir et blanc. Les hommes n’ont pas de couleur. »

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Faut aussi que tu notes un truc… si ce bouquin devait être proposé à un éditeur aujourd’hui, ben il aurait du mal à passer. En effet, dans cette époque où l’on prône des conneries tel que ne plus utiliser certains mots, devenus orduriers, racistes, etc. ça passerait mal. Faudrait que le type soit bien « couillu » pour le sortir, et c’est une espèce qui commence à se faire rare.

C’est là qu’il faut que tu poses une question : doit-on effacer certaines traces de notre passé ? Pour mézigue, la réponse est toute trouvée (ou « La question, elle est vite répondue », si tu as fait crétin avec option abruti en seconde langue) : NON !
Bien sûr que non, notre histoire, est notre Histoire, qu’elle soit glorieuse ou non.
Tu te rends comptes du nombre de chefs d’œuvres qui seraient censurés pour un seul vocable qui ne passerait plus ? Que cela soit en littérature, plus de Vernon Sullivan par exemple, et je ne cause même pas du pauvre San-Antonio ! En Enfer le Tombeur de Saint-Cloud, aux oubliettes l’Apollon de la Rousse. En chanson, « Monsieur William » de Ferré, « Armstrong » de Nougaro, « Hôtel particulier » de Gainsbourg, exit…

De toute façon, le censure m’a toujours emmerdée, mais là n’est pas le problème. Non, il est bien plus pernicieux que cela : aujourd’hui, on te fait croire que tu as une « putain » de liberté d’expression… liberté d’expression, mon cul ! Bien au contraire, on police tout. Faut que tout soir « politiquement correct ».

Moi, je vais te dire un truc : méfie-toi, c’est comme ça que l’on fabrique les « moutruches », croisement du mouton et l’autruche, qui laisse faire d’un côté, et se fout la gueule dans le sable pour pas voir.

Reste libre, et surtout lit des bouquins comme Ma sale peau blanche, ton intellect fera que tu sauras le remettre dans le contexte. Cause comme tu as envie de causer, deviens pas idiot, soit juste respectueux…